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 Petit historique de la littérature érotique

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MessageSujet: Petit historique de la littérature érotique   Dim 17 Fév 2008 - 19:20

Avant de vous parler de nos lectures, je voudrais vous faire un petit topo sur l'histoire de la littérature érotique.

Sources :
http://www.evene.fr/livres/actualite/litterature-erotique-sexe-musardine-pornographie-603.phpJonathan Journiac Evene.fr - Janvier 2007
Tao Yin
Une histoire de l’édition à l’époque contemporaine -E.Parinet

A lire :
Histoire de la littérature érotique - Alexandrian.

C'est parti !

Les estampes japonaises et le Kama Sutra sont à peu de choses près l'image que l'on a de la sexualité orientale. Il faut pourtant se rappeler que les estampes japonaises sont la création des plus grands maîtres japonais et que le Kama Sutra est rien de moins que l'un des dix ouvrages indiens classiques de sagesse, indispensables à l'éducation des lettrés indiens.

La première édition de L'érotique du Japon, un recueil d'estampes de Théo Lésoualc'h, publié en 1968 par Jean Jacques Pauvert, fut retiré de la vente et caviardé par la censure. Pendant ce temps, les censeurs se délectaient de ballets bleus et roses (i.e. orgies pédophiles, "bleu" pour les garçons et "rose" pour les filles), et les ouvrages incriminés étaient achetés chez les bouquinistes puis rangés sur le "cinquième rayon" des bibliothèques bourgeoises.

Partons maintenant en Chine. La littérature chinoise classique et populaire ne pouvait se concevoir sans sexualité et donc sans érotisme, car la sexualité est essentielle à l'équilibre humain. Ce qu'on qualifie d'érotique aujourd'hui n'est en fait qu'une simple littérature traditionnelle.
Voila deux petits exemples. Comme vous allez le constater, ce sont des métaphores poétiques déjà difficiles pour les non-initiés, et très difficilement traduisibles. Elles sont tirées du Shi Jing :

"Le jour pointe, levez-vous seigneur et voyez si la nuit touche à son terme couvrant l'herbe de rosée. Courez bravement et décochez votre flèche. Si elle atteint le canard je vous l'assaisonnerai convenablement et nous boirons ensemble. Voici deux luth, kin et Che, tout respire la paix et la concorde. Quand je connaîtrai ceux dont vous cherchez l'amitié, si vous le souhaitez, je leur donnerai les pierres de prix suspendues à ma ceinture..."

"Mon seigneur est content, de la main gauche il tient sa flûte et de la droite il me fait signe pour que je l'invite dans ma petite maison.. Oh quelle joie !"

De cette tradition proviennent les romans intimistes et les romans épiques comme Shui Hu Zhuan "Au bord de l'eau", traduit par Jacques Dars et publié à la Pléiade, qui contient de nombreuses scènes érotiques et conseils sur l'Art de la chambre à coucher. Le qualificatif de roman érotique ou de roman pornographique n'est donc que le reflet d'une vision occidentale.

Je passe rapidement sur la Grèce qui, je crois, n'a guère besoin de développements, puisque la seule existence d'Aphrodite est révélatrice. J'en profite pour me pencher sur la Bible, avec Le Cantique des Cantiques, qui est sans conteste l'un des plus beaux textes érotiques. L'existence de ce texte passe pour une fabuleuse touche d'ironie, ce que je vous expliquerai en détails lorsque je vous parlerai de la censure.

En attendant, je vous emmène au XIIe siècle, époque de l'Amour courtois. L'Europe se plie aux interdits chrétiens, tandis que poètes et chevaliers chantent l'amour, la femme, et la sexualité - avec beaucoup de pudeur, toutefois. L'amour cèdera sa place à l'humour au cours des siècles suivants.

A la Renaissance, la littérature érotiques est "subversive", et circule de manière illégale, avant de retrouver le devant de la scène à l'époque du libertinage. De grands romans traitent de sexualité, d'amour, de séduction, et même de psychologie, comme Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos, sans oublier la grivoiserie rabelaisienne.
On ne pourrait pas parler de littérature érotique sans parler du Marquis de Sade, aristorcrate provençal qui a vécu au XVIIIe siècle. N'étant pas vraiment une fan de ses écrits, je vais me contenter de vous renvoyer sur un site bien fait.

Au XIXe siècle, les éditeurs de littérature érotique procèdent par vente directe : ce sont des envois ciblés pour les « amateurs de facéties ». En 1881 est promulguée la loi sur la liberté d’expression. La presse légère s’affiche, la sexualité est au cœur d’ouvrages très divers. La littérature fait écho aux problèmes de société (morale sexuelle, le divorce, la prostitution, la syphilis…). Pour vous donner une idée de l'évolution, la production des années 1890 est treize fois la production des années 1840. Mais la pression religieuse se fait plus impérieuse et les procès pour outrage aux bonnes mœurs se multiplient. La caricature d'Anastasie fleurit dans la presse, et pousse la littérature érotique dans une semi clandestinité.

Les Éditeurs vont jusqu’à l’autocensure pour éviter les procès. La Belgique devient un refuge pour les auteurs et éditeurs de littérature érotique. La littérature érotique est un marché lucratif, qui permet d’éviter la faillite de certains éditeurs, mais c’est une littérature « encombrante ». Aux XIX-XXe siècles, la condamnation des romans érotiques et pornographiques est une constante.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous avons successivement connu la naissance du mythe du "Grand Amour", la publication du rapport Kinsey [Le comportement sexuel de l'Homme (1948), et Le comportement sexuel de la femme (1953). Ces publications ont provoqué un scandale à l'époque en révélant la grande fréquence de la masturbation, des rapports sexuels pré conjugaux et des expériences homosexuelles dans la population générale], le féminisme et l'épidémie du sida. Tous ces événements ont bien sûr eu des répercussions sur notre manière de penser la sexualité et sur la littérature érotique.

A partir de 1946, l'évolution des mœurs et la combativité de quelques éditeurs permet un changement de statut de la littérature érotique auprès des intellectuels, et l'exploitation de la littérature sulfureuse américaine. En 1949 est promulguée la loi sur la protection jeunesse. Des mesures comme dépôt préalable sont prises, et la Police Judiciaire peut saisir les publications indûment exposées. Pas d’affiches, pas de pub pour la littérature érotique. En réalité, la loi ôte toute chance au livre de trouver son public adulte.

JJ PAUVERT est le plus acharné à dénoncer cette forme de censure et à revendiquer la liberté absolue dans la publication. Il fonde les éditions Palimurge, puis publie sous son propre nom Sade (= procès)ou encore Histoire d’O (= procès). Il écrit aussi l’anthologie historique des lectures érotiques en 1979 qui devient une référence. Il fait redécouvrir des auteurs érotiques. Son catalogue n’est qu’une manifestation de son esprit libertaire, plus qu'une volonté pure de faire de la littérature érotique.

Aujourd’hui, l'érotisme n'est plus limité aux romans : certaines maisons d'édition se dotent de rubriques "sexe". Elles ont deux attitudes possibles : se spécialiser clairement dans ce domaine, ou proposer quelques ouvrages un peu osés. On voit donc apparaître des guides pratiques humoristiques, voire artistiques. Ces guides n'occultent rien mais ne mettent pas non plus la sexualité sur un piédestal : ce sont des guides ludiques qui ont pour but de conseiller et de divertir. Certaines maisons d'édition revendiquent leur littérature érotique et provocante comme les éditions Blanche, ou la Musardine.

Aujourd'hui, le sexe est omniprésent : dans la littérature générale, dans la publicité avec le concept de porno chic , dans les films, etc. “Le sexe a longtemps été tabou, il est aujourd'hui obsessionnel.” (1)
Les auteurs ne cachent plus rien. Ils en font même trop mais rencontrent un succès fou (Baise-moi de Virginie Despentes, La Vie sexuelle de Catherine M. etc.). Le sexe serait plutôt un moyen de faire vendre...

"Qu'on y consacre un paragraphe, un chapitre ou un roman : ce n'est pas la taille qui compte, mais ce qu'on en fait." (2)

(1) Fabienne Casta-Rosaz (2004), Histoire de la sexualité en Occident, éditions la Martinière.
(2) Jonathan Journiac Evene.fr
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